ALICE AU PAYS DES MERVEILLES
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Texts / Program
Note sur l’opéra d’Unsuk Chin :
L’histoire universelle d’Alice, ce conte fantastique qui depuis plus d’un siècle et demi ravit les lecteurs du monde entier, petites et grandes personnes, est – après plusieurs tentatives un peu oubliées – transposé avec brio à l’opéra grâce au talent et à l’inspiration de la compositrice Unsuk Chin, récemment lauréate – entre autres distinctions – des prestigieux prix de la Fondation Ernst-von-Siemens (2024) et de la Fondation BBVA (2026). Après tant d’illustrations et d’adaptations, après tant d’interprétations… ce récit initiatique, ce livre sans image comme le déplore Alice, trouve sur la scène d’opéra un accomplissement, un enchantement au sens propre du terme. La fantaisie, la richesse, la diversité musicale et vocale d'Unsuk Chin donnent aux personnages imaginés par Lewis Carroll, une dimension nouvelle comme aucun autre art ne peut y parvenir.
Il est presque surprenant qu’il ait fallu vingt ans pour que ce chef d’œuvre soit enfin créé en France, après les succès rencontrés à Munich, à Genève, à Londres ou à Los Angeles. Pour cette première, une version française du livret a été autorisée par la compositrice, une version qui offre une langue nouvelle à son ouvrage.
Alice au pays des merveilles de Unsuk Chin est une féérie lyrique, comme il en existe depuis l’opéra baroque, avec la Flûte enchantée de Mozart, le Siegfried du Ring de Wagner ou La Petite renarde rusée de Janacek. Les animaux y trouvent leur place aux côtés des humains, Alice voisine avec l'excentricité des personnages. Il faut s’en remettre au merveilleux, à l’imagination propre à l’enfance, une enfance qui fonce vers l’adolescence avant de plonger dans l’âge adulte. Tout est surréaliste, absurde, fantastique et cruel…
Cette nouvelle version qui sera à Nice en création mondiale sera donc chantée en français, la traduction ne se limitant pas uniquement à l’idée de rendre l’opéra accessible au public francophone. Elle s’accompagne d’une réflexion sur la manière de donner la parole aux personnages. Si l’anglais original colle plus ou moins à la langue de Lewis Carroll, la traduction saisit la liberté de s’en écarter pour rendre notre époque.
Alice est, et le devient encore davantage grâce à la traduction, une jeune fille, une ado, d’aujourd’hui. Son passage de l’enfance à l’adolescence s’accompagne d’observations et de découvertes qui accompagnent ses émotions, avec l’étrange aller et retour propre à cet âge décisif, de la volonté de grandir à celle de se réfugier dans la douceur de l’enfance, avec la difficulté de séparer le vrai du faux, le rêve de la réalité, le désir de l’appréhension.
Musicalement, l’opéra d'Unsuk Chin accompagne tous les degrés de ces sensations. Il est à sa façon une gigantesque comédie musicale, mêlant les voix, de la parole au chant, du chœur au soliste, des aigus enfantins aux basses profondes, avec sa science extraordinaire de l’orchestration (et ses citations empruntées au style baroque ou à Gershwin par exemple…), ses couleurs toujours changeantes et son rythme endiablé. La musique emporte grâce à un grand orchestre où le clavecin, les percussions, machine à vent ou gongs javanais trouvent toute leur place, simulant la chute au fond du terrier, accompagnant la ménagerie qui entoure Alice, les protagonistes de la tea party ou les poursuites endiablées. La multitude de situations qu’affronte Alice est un monde foisonnant où se télescopent pas moins d’une trentaine de rôles. Pendant les dix tableaux de l’opéra, on retrouve avec bonheur le Lapin blanc, le Lièvre de mars, le Chat de Chester, la Chenille, la Souris, le Canard et leurs collègues, le Chapelier fou, la Duchesse, la Reine et le Roi de cœur, de jeunes enfants, de vieilles Ladies et des joueurs d’échec. Tous ces personnages connus que nous retrouvons ici dans leurs nouveaux costumes.
Antoine Gindt
15 février 2025.
L’histoire universelle d’Alice, ce conte fantastique qui depuis plus d’un siècle et demi ravit les lecteurs du monde entier, petites et grandes personnes, est – après plusieurs tentatives un peu oubliées – transposé avec brio à l’opéra grâce au talent et à l’inspiration de la compositrice Unsuk Chin, récemment lauréate – entre autres distinctions – des prestigieux prix de la Fondation Ernst-von-Siemens (2024) et de la Fondation BBVA (2026). Après tant d’illustrations et d’adaptations, après tant d’interprétations… ce récit initiatique, ce livre sans image comme le déplore Alice, trouve sur la scène d’opéra un accomplissement, un enchantement au sens propre du terme. La fantaisie, la richesse, la diversité musicale et vocale d'Unsuk Chin donnent aux personnages imaginés par Lewis Carroll, une dimension nouvelle comme aucun autre art ne peut y parvenir.
Il est presque surprenant qu’il ait fallu vingt ans pour que ce chef d’œuvre soit enfin créé en France, après les succès rencontrés à Munich, à Genève, à Londres ou à Los Angeles. Pour cette première, une version française du livret a été autorisée par la compositrice, une version qui offre une langue nouvelle à son ouvrage.
Alice au pays des merveilles de Unsuk Chin est une féérie lyrique, comme il en existe depuis l’opéra baroque, avec la Flûte enchantée de Mozart, le Siegfried du Ring de Wagner ou La Petite renarde rusée de Janacek. Les animaux y trouvent leur place aux côtés des humains, Alice voisine avec l'excentricité des personnages. Il faut s’en remettre au merveilleux, à l’imagination propre à l’enfance, une enfance qui fonce vers l’adolescence avant de plonger dans l’âge adulte. Tout est surréaliste, absurde, fantastique et cruel…
Cette nouvelle version qui sera à Nice en création mondiale sera donc chantée en français, la traduction ne se limitant pas uniquement à l’idée de rendre l’opéra accessible au public francophone. Elle s’accompagne d’une réflexion sur la manière de donner la parole aux personnages. Si l’anglais original colle plus ou moins à la langue de Lewis Carroll, la traduction saisit la liberté de s’en écarter pour rendre notre époque.
Alice est, et le devient encore davantage grâce à la traduction, une jeune fille, une ado, d’aujourd’hui. Son passage de l’enfance à l’adolescence s’accompagne d’observations et de découvertes qui accompagnent ses émotions, avec l’étrange aller et retour propre à cet âge décisif, de la volonté de grandir à celle de se réfugier dans la douceur de l’enfance, avec la difficulté de séparer le vrai du faux, le rêve de la réalité, le désir de l’appréhension.
Musicalement, l’opéra d'Unsuk Chin accompagne tous les degrés de ces sensations. Il est à sa façon une gigantesque comédie musicale, mêlant les voix, de la parole au chant, du chœur au soliste, des aigus enfantins aux basses profondes, avec sa science extraordinaire de l’orchestration (et ses citations empruntées au style baroque ou à Gershwin par exemple…), ses couleurs toujours changeantes et son rythme endiablé. La musique emporte grâce à un grand orchestre où le clavecin, les percussions, machine à vent ou gongs javanais trouvent toute leur place, simulant la chute au fond du terrier, accompagnant la ménagerie qui entoure Alice, les protagonistes de la tea party ou les poursuites endiablées. La multitude de situations qu’affronte Alice est un monde foisonnant où se télescopent pas moins d’une trentaine de rôles. Pendant les dix tableaux de l’opéra, on retrouve avec bonheur le Lapin blanc, le Lièvre de mars, le Chat de Chester, la Chenille, la Souris, le Canard et leurs collègues, le Chapelier fou, la Duchesse, la Reine et le Roi de cœur, de jeunes enfants, de vieilles Ladies et des joueurs d’échec. Tous ces personnages connus que nous retrouvons ici dans leurs nouveaux costumes.
Antoine Gindt
15 février 2025.